Ferzan Ozpetek : la fenêtre d’en face (la finestra di fronte). 2003.
Grand
succès public en Italie le film 5 prix " Donatello" (équivalent des
césars Français), dont ceux du meilleur film, de la meilleure actrice,
du meilleur acteur et de la meilleure bande originale.
Giovanna
est une jeune femme, mariée et mère de deux enfants. Elle avait rêvé de
devenir pâtissière, mais la vie en a décidé autrement et elle est
employée dans une boucherie industrielle. Filippo, son mari, passe de
petit boulot en petit boulot, sans arriver à décrocher un emploi stable.
Ils habitent dans un modeste appartement d’un quartier populaire de
Rome et leur couple sombre dans le quotidien.
Il arrive à Giovanna de regarder par sa fenêtre. L’appartement d’en face est habité par un homme jeune, apparemment seul. Giovanna se plaît à l’épier. C’est une sorte de passe-temps anodin.
Un jour, Giovanna et Filippo croisent dans la rue un vieux monsieur distingué, apparemment amnésique, qui demande leur aide. Ils le ramènent chez eux et Giovanna s’occupe de lui. Plus tard, ils tentent de découvrir son identité au commissariat : l'homme, qui se présente comme Simone, paraît désorienté, et pas seulement à cause de son âge avancé. Il semble se souvenir par bribes d'un événement de son passé qui le hante. Giovanna passe de plus en plus de temps avec lui et découvre, entre autres, un numéro tatoué sur son avant-bras (témoignant de son séjour dans un camp de concentration) et un nom important de son passé : Simone, le nom de l'homme qu'il a aimé.
Tous deux se passionnent pour l’énigme du vieux monsieur et continuent leurs recherches même lorsque celui-ci a disparu. Il n’a laissé derrière lui qu’une lettre d’amour vieille de soixante ans.
Trois couples donc, d’une part Giovana et son mari, puis Giovana et son amant.
Quand
à la thématique homosexuelle elle est porté par le personnage du vieux
M. Amnésique, excellent Maximo Giroti, élégant et tout en retenu qui
fait un admirable fantôme du passé dans ce qui est devenu son ultime
tour de piste. L’acteur est en effet décédé en 2003 à l’âge de 84 ans,
un mois avant la sortie en Italie du film, qui profite de sa forte
présence.
C’est un drame
solide, malgré quelques concessions à la simplicité et quelques
artifices scénaristiques. Mais au-delà de ces petites faiblesses, on a
beaucoup de plaisir à le regarder ce film qui mêle romance et mystère et
même fantastique de façon séduisante.
Mise
en scène fluide, jeu d'acteurs magistral, histoire qui embrasse avec
aisance de grands thèmes émotionnels sans jamais tomber dans le
sentimentalisme, structure ambitieuse, c’est avec sensibilité, mais
sans verser dans le mélo, Ferzan Ozpetek tend un habile jeu de miroirs
aux multiples réflexions, où les trajectoires sentimentales se font
échos, dans un climat d’élégance feutrée, mais jamais empesée.




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