Eva Kristina Lindström : L'Ange blond de Visconti, : Björn Andrésen, de l'éphèbe à l'acteur. Documentaire Suédois. 2021

 

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Après que Björn Andrésen a obtenu à 15 ans le rôle de Tadzio dans le film mort à Venise de Luchino Visconti, le réalisateur italien commence à parler de lui comme du plus beau garçon du monde juste avant l'avant-première, l’adolescent devient une icône mondiale.
Cette déclaration à son sujet le poursuivra tout le reste de sa vie.
 
La quête désespérée du personnage incarné par le grand Dirk Bogarde pour atteindre la beauté pure — un rôle de compositeur vieillissant, alter ego de Gustav Mahler — cristallisée par l'apparition d'un adolescent angélique de quinze ans, véritable éphèbe moderne, a poussé Visconti lui-même à se lancer dans une recherche fébrile à travers l'Europe pour trouver un jeune homme doté d'un physique à l'attraction foudroyante.
Le documentaire montre comment cette beauté mythifiée a laissé derrière elle des séquelles profondes — dépression, isolement, exploitation de son image au Japon, et les blessures intimes liées à la disparition tragique de sa mère.
 
Tout cela illustre le drame d’un corps « chosifié » (à l’époque, le trafic de corps semblait être la norme, mais aujourd’hui, ce cas pourrait s’inscrire dans le mouvement « #MeToo »), dont les aspirations à devenir musicien ont été brisées, ainsi que l’usage incroyable qui a été fait de son image au Japon, où perdure encore aujourd’hui un personnage de manga créé à son effigie.
 

Cinquante ans plus tard, Björn apparaît comme un homme fragile qui tente de se réapproprier son identité après une vie marquée par la violence symbolique de son propre mythe.
À travers lui, le film explore la tension entre Eros et Thanatos, cette beauté qui fascine autant qu’elle détruit, déjà au cœur du roman de Thomas Mann et du film de Visconti, et qui hantera jusqu’à sa mort fin 2025, l’existence de celui qui fut un jour « le plus beau garçon du monde ».
 
Le documentaire tente d'être poétique, d'être à la hauteur, de marquer des points, mais il manque de clarté et n'y parvient qu'à moitié : par moments il ressemble trop à une émission de téléréalité médiocre, morbide et larmoyante; à d’autres moments il joue davantage sur le flou, pratiquant l'ellipse et l'équilibrisme, suggérant sans jamais vraiment aboutir, se laissant aller, hésitant à franchir le pas, se rétractant ; il a aussi recours aux images de carte postale ou aux silences empreints d'une solennité dont on ne sait si elle est réelle ou feinte, aux regards perdus dans le vide — ce vide où l'on se perd sans jamais se retrouver.
 
Cependant il y a un plusieurs aspects qui me gênent dans ce documentaire : Il y a deux coupables — ou plutôt deux cibles désignées, ces « méchants » dont on raffole tant et qui sont toujours nécessaires : la grand-mère et le réalisateur. Sans oublier, au passage, les médias et le milieu artistique (ah, le Japon !) avides de profit, ainsi que la communauté gay qui harcèle, achète ou agit selon l'occasion. Il y a aussi plusieurs victimes — ce qui fascine tout autant : Tadzio Björn en tête (l'archétype même de la victime), suivi de sa famille proche — sa femme et ses enfants —, autant de dommages collatéraux.
 
Lorsque ce genre de situations intimes et sentimentales est reconstitué ou reproduit de manière aussi (prétendument) réaliste, une incertitude surgit inévitablement : dans quelle mesure la présence des caméras conditionne-t-elle ces scènes ou ces réactions ? Comment les protagonistes agiraient-ils s'ils n'étaient pas filmés par des inconnus.
#henrimesquida #cinemaetlitteraturegay

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