Anna Muylaert : D'une famille à l'autre. Brésil. 2016.

 


Un film queer brésilien sur la filiation, l’identité et la liberté d’être soi.
 
Pierre a dix-sept ans et est en pleine puberté. Il joue dans un groupe, fait l'amour lors de fêtes et essaie secrètement des vêtements pour femmes et du rouge à lèvres devant un miroir. Depuis la mort de son père, sa mère s'occupe de lui et de sa sœur cadette, les gâtant tous les deux.
Mais lorsqu'il découvre qu'elle l'a volé à l'hôpital alors qu'il était nouveau-né, la vie de Pierre bascule radicalement : le jeune protagoniste est en pleine quête d'identité. Esprit libre, affranchi des stéréotypes de genre, il vit ses désirs naturellement et sans aucune contrainte.

Un regard brésilien, offrant un portrait fascinant d'une génération de jeunes qui envisagent la sexualité avec une grande liberté.
En s’attachant au destin de Pierre la réalisatrice aborde une série de thèmes difficiles. Notamment un qui lui est cher, celui de la filiation et du déracinement (thématique déjà traitée avec “Une seconde mère” et de façon beaucoup plus approfondie dans “L’année où mes parents sont partis en vacances” dont elle avait écrit le scénario).
 
A cela s’ajoute une délicate approche sur l’adolescence, l’éveil d’une sexualité troublée, la disparité sociale, le tout déstructuré par ce contexte émotionnel bien particulier.
Pierre (qui se fait aussi appeler Felipe)) est interprété par "Naomi Nero", autant le dire de suite, “D’une famille à l’autre” lui doit tout ou presque. Avec sa silhouette filiforme, son visage émacié et fatigué et ses déplacements vaporeux, il a tout du grand héros romantique.

 
Son détachement affiché n’est qu’un leurre, la fragilité suinte de tout son être. Et si on ne le saisit pas tout à fait, on s’y attache tout comme on le faisait pour le “Alex” de Van Sant, l’ado de “Paranoid park”.
Le film se compose d’un assemblage de petites séquences de vie qui mises bout à bout lui donnent un sens, et répondent à nos questionnements. Cette fragmentation de l’action peut toutefois perturber si on l’interprète comme de la froideur. Mais en réalité, cette distance vient renforcer le récit, puisqu’il se calque sur les ressentis de Pierre. Le malaise est alors palpable, ressenti et partagé.
 
Le film sait traiter de son brûlant problème de l'intérieur, là où cela compte vraiment : les sentiments des personnages. C’est un cinéma personnel, différent et profondément humain.
 

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