Entretien littéraire avec François Mallet pour son roman "Au contraire". 2024.
François Mallet né en 1966 à Nevers, a eu une carrière de commerçant.
Très vite, il s'aperçoit de son homosexualité. Le temps d l'assumer, le voilà adulte…
Désormais, il se consacre à sa carrière littéraire.*
Il me confie pendant notre entretien qu’il a toujours aimé écrire (pour lui même des carnets, des journaux...), ce qui lui valait déjà à l’époque du collège et du Lycée, de sacrés bonnes notes dans les matières littéraires. Mais il était loin de toute idée de publication.
En 2007 , il ouvre avec son Mari « Juan-Carlos », près de Bourges, une maison d’hôtes sur le thème du Fist Fucking « La Fistinière ».
Proposition audacieuse mais dont il ne s’attendait pas à ce qu’elle fut sous le feu des projecteurs (de très nombreux reportages télévisés et articles de presse), victime d’une surmédiatisation qui entraîne, bien entendu, un déchaînement de propos haineux.
Las d’entendre tout et n’importe quoi sur sa maison d’hôtes et sur cette pratique sexuelle, souvent salie par l’ignorance de ceux qui ne connaissent pas tous les détails de son histoire et désireux de se montrer sous son vrai jour, il écrit , en 2015, une biographie,
« La Finistière sous ma bonne étoile »ou il raconte son parcours de vie avec une sincérité et un humanisme rares, livrant sa vérité face à ses détracteurs.
C’est un joli succès.
Mis à part de remettre les pendules à l’heure par rapport à la diabolisation moralisatrice suscité par sa maison d’hôte, cette expérience lui donne envie de continuer à écrire et ce qu’il a envie d’écrire c’est de la romance. Au point de préférer le titre de romancier ( ou l’on retrouve romance et romantique) à celui d’auteur.
Ce sera tout d’abord : « Les Girafes Roses et Bleues »son premier roman :
"Fidèle à la force du destin, un thème qui lui est cher, François Mallet nous entraîne dans une intrigue familiale, traversant le Paris de la haute couture des années cinquante, du Berry à Marrakech, en passant par le San Francisco gay des années quatre-vingts … Un secret de famille sert de point de départ à cette épopée, tantôt drôle, tantôt cruelle, mais toujours optimiste. Différentes époques et différentes amours s’ouvrent à nous pour nous plonger dans ce voyage à travers les coups du sort que la vie nous réserve ».
C’est encore un succès et le roman sera réédité.
Puis vient « au contraire » en 2024, une romance feel-good qui obtient le prix du roman gay catégorie romance (ce qui m’a permis de le rencontrer) et le prix coup de cœur de Montluçon.
« Tolérance et humanité sont les piliers de ce roman ».
Sébastien et Benjamin s’aiment depuis l’enfance. Issus de conditions sociales et de milieux bien différents, sont-ils vraiment faits l’un pour l’autre?
L’idée de départ de François Mallet c’était de raconter une histoire d’amour entre deux jeunes garçons de milieux socialement opposés et que la vie séparerait mais qui se retrouveraient des années après.
Sans qu’il ne sache vraiment pourquoi, l’idée lui est venu de lier le destin de ces deux rencontres à celui de la princesse Diana ( Il me dit, quand même, avoir été marqué par le mariage princier vu à la télé en 1981 comme vont l’être ses deux héros…).
C’est pourquoi le roman démarre, le 29 juillet 1981, date du mariage princier.
Nous allons suivre les aventures de Sébastien et Benjamin, 10 ans au début du roman qui vivent à Cosne-sur Loire.
Sébastien est un gentil gamin « mignon et sans méchanceté » dont la famille, père manutentionnaire et mère au foyer, a bien du mal à joindre les deux bouts.Il a une grande sœur pas très sympa avec lui et une meilleure amie à l’école. Il rêve de partir avec elle à Paris et s’interroge : « pourquoi j’aime les trucs de fille ? ».
La mère de Sébastien, Olympe est à elle seule une raison suffisante pour lire ce roman tant elle est exceptionnelle. Un peu une version féminine du Bérurier des San Antonio de Frédéric Dard. Au premier abord, une sorte de Thénardier, souillon et vulgaire.
Benjamin, garçon « sans méchanceté » vit au contraire dans une famille de la haute bourgeoise, père homme d’affaires, mère dentiste, qui prônent les valeurs d’ouverture d’esprit et de culture mais s’avèrent très vite « « mondains et atrocement snobs ». Lui aussi à une grande sœur, (encore plus antipathique que celle de Sébastien) méchante, arrogante et capricieuse, qui lorsque le parents n’entendent pas lui lance des « salut la chochotte » et d’autres amabilités.
Autre point commun, Benjamin s’intéresse tout particulièrement aux mariages princiers et un peu plus mâture, se sent déjà attiré par les héros masculins des films romantiques et à compris pourquoi..
S’il ont le même âge, des des sœurs pas sympa et une passion commune pour les histoires princières les deux gamins ont des mères très présentes mais à l’opposé l’une de l’autre. La mère de Sébastien , Olympe, sous ses airs de mégère a un cœur d’or et si elle ne sait s’exprimer avec élégance ses ressentis : « « tu sais que je me suis douté que tu pouvais bien en être , de la jaquette, elle n’a qu’un souhait « elle souhaitait jute que ses enfants soient heureux ». « Au contraire »la mère de Benjamin, Catherine a sous ses airs de grande dame, le cœur sec et est homophobe : Dentiste elle a refusé de soigner les patients séropositifs...
Peu après les deux garçons se croisent dans la rue et éclate entre eux une dispute à propos du dernier numéro de Point de vue image du monde que Benjamin vient d’acheter sous le nez de Sébastien.
Et puis l’année suivant ils se retrouvent dans le même collège en sixième et si leur relation démarre sur un« tu as voulu me voler mon magazine ». »très vite ils se sentent attirés l’un par l’autre.
On va les suivre sur ce chemin qui les mène de la première rencontre à l’amour « c’est ainsi que leur histoire d’amour commença », de leur sixième à leur… Avec son lot d’aventures : les deux garçons vont découvrir leur univers respectifs et tellement opposés, comme sont totalement opposées leur mères, l’une cachant sous son apparence rude des trésors d’amour, l’autre une froideur et un égoïsme accablant. Ils vont avoir à affronter les moqueries et les insultes, qu’ils vont affronter avec courage, « il allait leur montrer à tous ses idiots comment une tarlouze peut se rebeller ».
Quelques années plus tard ils devront affronter la séparation puis la rupture causé , par Catherine.
Les années vont passer, la vie des garçons va évoluer de manière bien différente. Sébastien s’épanouit à Royan et rencontre un homme plus âgé Charles, un homme riche dans tout les sens du terme qu’il part rejoindre à Paris et qui va le faire entrer dans le monde du Marais, « Charles n’eut aucun mal à trouver une place de serveur pour Sébastien auprès du propriétaire de l’ Open café, avec qui il était ami ». Quant à Benjamin sur le point de se marier par convenance, il a choisi de cacher sa véritable nature au profit des convenances.
Mais le destin n’est pas toujours figé « Au contraire » et c’est à nouveau Lady D qui va les réunir … le soir de sa mort en 1997, ou tout deux vont se recueillir sur le pont de l’Alma.
Le fil peux-t-il se renouer 11 ans plus tard ? Benjamin est-il capable de rejeter toute les convenances et sa fiancé avec ? Et s’il le décide, est t-il capable d’affronter l’homophobie de sa mère, « il cachait bien son jeu ce petit enculé ».
Quoi qu’il en soit et au contraire de ce que l’on pourrait imaginer l’histoire ne va pas s’arrêter là… Ce serait sans compter sur Olympe et son amour et sans la manif pour tous…
J’ai signalé à François Mallet que je trouvé à son histoire un petit côté conte de fée, ce qu’i l’a plutôt surpris.
Je pensais à Cendrillon, avec deux sœurs détestables« non mais qu’est ce que c’est que cette fille vulgaire, moche et bête à manger le foin » ? », Catherine sorte de marâtre (même si elle est mère ici), et Charles, l’ami providentiel de Sébastien, je le vois comme une sorte de fée. D’ailleurs p.100, lorsque Benjamin renoue avec Sébastien,
« il griffonne un petit conte qu’il offrira à Sébastien : Il était une fois une jeune princesse au regard triste qui épousa un vilain prince...Ces deux petits garçons se sont alors rendu compte qu’ils étaient amoureux...» !
Mais cet aspect m’avait déjà frappé avant d’arriver à ce passage lors de ma première lecture.
Dès les premières pages on remarque la façon dont la temporalité de l’histoire est souligné par des références de l’époque. (pour 1981, on a les jeux de 20:00, maître Capello, Benny Hill, numéro 1 de Maritie et Gilbert Carpentier et leur variétés, Danielle Gilbert ou encore les village people).
Plus tard la chronologie de l’histoire est soulignée par l’abolition du délit d’Homosexualité par François Mitterrand, par les nuits fauves et la mort de Cyril Collard…
Comme je lui pose une question sur Cosnes dans les années 80 François Mallet me précise que toute la partie descriptive de la géographie physique des lieux est exacte : La maison de presse sur le boulevard république, l’école publique Paul Bert et la privée, le collège claude Tillier, « Notre Dame », les rues citées, «ou encore chez « Jean-Claude Lambert »la boutique ultra chic de la cosnoise élégante ou le lieu de drague gay entre les bords de Loire entre le centre ville et Port Aubry….
Et pour la partie se déroulant dans le sud il a choisi Montpellier parce qu’il avait besoin pour l’intrigue d’une ville universitaire et qu’il la connaît un peu…
Ce roman est finalement bel et bien,
« Une jolie histoire d'Amour où l'on s'attache à ces deux garçons dont le destin est étonnamment lié à celui de la Princesse Diana. C'est tendre et cruel à la fois, comme la vie, qui ne réserve pas que des mauvaises surprises... Au contraire ! »
Enfin, je signale que François Mallet à publié en 2025, une suite à son« Les Girafes Roses et Bleues et à la demande des lecteurs :
« les girafes blanches » toujours à Grrr édition art (qui est une petite maison d’édition des Yvelines) :
Raphaël vit maintenant à Marrakech. Son 0ncle Michel a quitté le gay Castro de San Francisco pour le rejoindre avec le reste de la famille. Solange, qui ignore tout de ses origines, a traversé les années 60 et 70 en profitant d'un vent de liberté qui soufflait sur un Paris festif et libertin. Après « les girafes roses et bleues », et alors que l'émouvant secret de famille découvert précédemment, semblait éclairci, voici que de bien inattendues girafes blanches réservent une nouvelle intrigue captivante et poignante. »
François Mallet semble aimer les histoires qui durent sur le temps :
« avec les deux volumes des girafes, l’histoire commence dans les années 50 et va jusqu’à nos jours".


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