Pierre Deroissy : Les hors-race. L’escalade des feux croisés. 2023. Le Lys Bleu. Prix du roman gay 2024 catégorie roman d'amour.
Pierre Deroissy : Les hors-race. L’escalade des feux croisés. 2023. Le Lys Bleu. Prix du roman gay 2024 catégorie roman d'amour.
Voici le résultat de l' entrevue littéraire qu'il m'a accordé à propos de ce roman et de sa carrière :
Jérôme
et Justine, trentenaires et parents heureux, sont en vacances avec leur
fils Léo âgé de quatre ans. Au cours de ce séjour, Jérôme se laisse
séduire par le jeune Sylvain et, contre toute attente, cède dès sa
première tentative. S’ensuit une semaine chaotique entre eux, puis une
relation toxique de sept mois, à mille kilomètres l’un de l’autre. Entre
soubresauts et coups de théâtre, commence alors une période tourmentée,
qui exige des décisions urgentes. Sauront-ils faire les choix qui
s’imposent ?
I : Pierre Deroissy : l’amour des mots.
Pierre Deroissy a consacré sa vie à l’enseignement et aux livres :
« Ma fascination pour les mots et la langue sont indistinctement à l’origine de ma profession d’enseignant pendant 44 ans, de lecteur polyphage jamais rassasié et de mon rapport à l’écriture. »
Enfant déjà, ce que recelaient les mots, les rapports qu’ils entretenaient entre eux m'attirait irrésistiblement. Plus tard, l’envie et le besoin de partager et de transmettre aux autres le bonheur et la jouissance, qu’à travers les livres j’en avais retirés, ont fait le reste. ».
Cette passion des mots lui vient de loin :
« À l’école primaire, je vouais une admiration sans bornes à tous ces hommes (que je n’appelai pas encore poètes) capables d’écrire des textes que je n’appelais pas encore poèmes mais récitations car
les instituteurs et institutrices nous les faisaient apprendre par cœur. J’étais subjugué par la capacité des auteurs à inventer en quelques phrases et paragraphes, (que je n’appelais pas encore vers et strophes,) à ajuster des terminaisons (que je n’appelais pas encore rimes dont les sonorités tenaient du miracle, et à nous charmer en nous racontant des histoires. Deux auteurs en particulier ont beaucoup compté pour moi depuis cette époque : Jean de la Fontaine dont les courtes fables représentaient à mes yeux des chefs d’œuvre inégalables et Racine pour son traitement de l’amour-passion qui domine dans toute son œuvre. C’est tout cela qui m’a amené à l’écriture, modestement et par imitation. Depuis, je n’ai pratiquement jamais cessé d’écrire des poèmes et par la suite des récits. »
Son
premier roman publié est « Judith Agnat, la femme qui aimait les
mimosas. 2023. (publié avant mais écrit après le premier volume des hors
races) :
« L’existence paisible de Judith est bouleversée par trois événements majeurs. Tout d’abord, son retrait soudain de l’école à l’âge de seize ans par son père et l’arrivée dans leur ferme de son cousin Valentin, handicapé mental, mais d’une beauté exceptionnelle. Ensuite, lorsqu’elle hérite de l’immense fortune de la comtesse Mathilde, dont elle était la demoiselle de compagnie. Sa vie prend une tournure dramatique, avec des secrets qui s’éveillent et de nouveaux personnages qui entrent en scène, notamment Damien, unavocat parisien, qui va changer le quotidien des deux cousins.
Au fil des pages, le destin se joue, laissant planer l’incertitude quant à leur avenir. »
II : les Hors Race : les feux croisés.
La publication de « Les hors race, les feux croisés » lui vaut le prix du roman gay catégorie roman d’amour en 2024.
Pierre Deroissy explique :
« Ce roman m’a valu le Prix du Roman Gay 2024 dans la catégorie Roman d’Amour. Je me suis senti honoré car sélectionné par un jury composé d’inconnus qui l’ont jugé objectivement, ce qui n’est peut-être pas toujours le cas, quand il s’agit des membres de votre entourage. Et j’ai été doublement heureux qu’il ait été distingué dans la catégorie Roman d’Amour car si je défends une cause, c’est bien celle de l’Amour sous toutes ses formes, sans discrimination aucune, seule force capable de contrecarrer les violences sous toutes leurs formes de notre époque, la championne des records».
Puis il ajoute cet intéressant distinguo :
« J’ajoute, qu’en écho lors de sa parution, une chroniqueuse qui ne rend compte que de romances M/M s’est laissée séduire par mon roman. Je la cite : « À proprement parler, je dirais que ce premier tome n’est pas une Romance MM, je pense qu’il s’agit plus d’un roman d’amour : celui d’un homme pour sa femme, celui d’un père pour son enfant, et celui qui naît sans crier gare d’un homme pour un autre homme… ; L’essentiel est dit et j’en suis flatté. ».
Au début du roman nous faisons connaissance avec Jérôme et Justine, sa femme, des trentenaires et leur fils Léo âgé de quatre ans. On est en 1974.
Tous
trois sont sur la plage en train de bronzer tranquillement sur une
plage du sud (on devinera plus loin dans quelle ville). Puis Jérôme
remarque un beau jeune homme à l’allure féline qui semble le fixer
« Son sourire sur ses lèvres délicatement ourlés, laisse apparaître deux rangées de dents parfaites immaculées, étincelantes et carnassières comme sculptés dans de l’albâtre, et qui tranchent avec le hâle de son visage… C’est un très beau garçon ».
Attiré dès ce premier regard, Jérôme se débrouille pour rencontrer le jeune homme seul et engage la
conversation
avec prudence en parlant du talent de comédien de Mehdi El Glaoui, le
fils de Cécile Aubry, dans la série télévisée Belle et Sébastien.
Sylvain est plus direct :
« Il me plaît comme aucun autre garçon ne m'a jamais plu »…. « J’aimerai connaître votre avis sur le homosexuels ? »
Bien
que Jérôme n’ait jamais eu jusque là le moindre désir pour un autre
homme, le rapprochement se fait presque immédiatement et son cœur
chavire pour Sylvain qui a la fougue et la beauté du diable :
« sexy, parfaitement envoûtant, terriblement séduisant ».
Après cette première rencontre qui se conclue par un moment érotique dans une remise, il se retrouvent plusieurs fois.
Ils
se rencontrent à nouveau, Sylvain l’initie à son monde en l’emmenant
déjeuner chez des amis restaurateurs avec lesquels il sympathise.
Mais
les vacances tirent à sa fin et après cette semaine chaotique, Jérôme
est bien conscient qu’il doit repartir dans cinq jours dans sa ville du
nord où il travaille dans les archives départementales. Bien entendu
Sylvain et lui le vivent mal.
« Tu habites ici et moi à près de mille kilomètres »
Cependant,
après quelques péripéties, leur liaison continue néanmoins à distance
par lettres interposées : Dans la première qu’il reçoit se Sylvain celui
ci arrête de faire des mystères et lui raconte un peu son parcours et
ses difficultés.
Au travail Jérôme aura bien du mal à retrouver ses marques.
« Le besoin impérieux de parler de Sylvain à quelqu’un était de plus en plus fort, mais il s’interdisait de le faire, bien évidemment ».
Il pourra néanmoins compter avec la sympathie de Georges, qui travaille avec lui et avec lequel il est un peu plus proche qu’avec ses autres collègues de boulot :
Vont
suivre sept mois tourmentés entre espoirs et frustrations et qui
donneront à Jérôme et Sylvain l’occasion de se retrouver à Paris,
rencontre qui démarre bien mais qui finissent par éveiller chez Jérôme
devant l’assurance amoureuse de Sylvain des questionnement sur
« les chemins inextricables de leur hypothétique couple... »
Jérôme,
ballotté par ses sentiments hésitera, doutera de lui et de l’autre.
Quelle décision prendra-t-il et quelles conséquences celle-ci aura ?
Jérôme n’est pas au bout de ses surprises.
Et vous aussi serez certainement surpris !
Pierre Deroissy nous fait ressentir parfaitement le tumulte émotionnel de Jérôme dont la rencontre avec Sylvain bouleverse sa vie, ses croyances, ses certitudes.
Ce
roman, touchant, fait montre d’une grande sensibilité et d’un ton très
juste et la prose de Pierre Deroissy, simple mais travaillée convient
parfaitement à l’histoire.
Il y a une vraie fin, mais ouverte puisque l’histoire de Jérôme continue dans trois autres volumes.
En effet Pierre Deroissy explique :
« Au départ, il n’était pas appelé à avoir une suite. La première version est bien plus longue que la version définitive. Je l’ai écrit il y a exactement 20 ans et après les refus des quelques maisons d’édition à qui je l’avais proposé, il est allé rejoindre dans un tiroir, mes autres écrits plus ou moins aboutis. Un concours de circonstances a fait que je l’ai remanié et des proches de mon entourage m’ont encouragé à en écrire une suite. C’est ce que j’ai fait puisque trois autres volumes lui ont succédé et cela explique que la totalité des quatre tomes a été publiée en si peu de temps.» .
Pierre
Deroissy a l’intention de continuer à écrire, il a d’ailleurs , il a
d’ailleurs terminé un roman en cette fin d’année 2025 « Les Étoiles
d’Avant la Nuit », Fragments d’une enfance à Tunis et un second est en
cours de rédaction : « Le Météore et l’Escargot » mais n’est pas certain
de vouloir encore publier :
« Je les ferai
imprimer pour les offrir à ma famille et à mes amis ».
Pierre
Deroissy me fait remarquer que l’obtention du prix n’a pas vraiment eu
d’impact sur la vente du livre et des difficultés pour en faire la
promotion :
« Même mon éditeur ne s’est pas saisi de cette opportunité pour le promouvoir. C’est la raison pour laquelle j’admire tous ces auteurs auto édités ou édités par de petites maisons d’éditions comme la mienne qui, à les entendre, battent des records de vente et nous parlent de Best Sellers ! ! ! J’en suis heureux pour eux. J’en profite pour dire qu’à mon avis, les publications et la publicité qu’en tant qu’auteur on peut faire sur les réseaux sociaux Facebook et Instagram ainsi que les « likes » des uns et des autres ne font pas forcément vendre. Je souligne par ailleurs, que la majorité des librairies indépendantes rechignent ou refusent catégoriquement à accepter d’exposer les ouvrages d’auteurs inconnus et encore moins des séances de dédicaces dans leurs locaux. Quant aux salons du livre, le nombre des livres écoulés varie entre zéro, 1 et 3. Je le dis en toute honnêteté et sans animosité, car pour moi, là, n’est pas l’essentiel.".
Cette amertume ne l’empêche pas de se réjouir de l’existence du prix du roman gay :
« J’en profite pour dire que je me réjouis, qu’il y ait autant de personnes qui écrivent et publient tant de livres, année après année, car la langue est un bien commun à tous et tant mieux que chacun à son niveau puisse s’exprimer. Nul n’en est le propriétaire exclusif. Et je ne comprends pas que l’on puisse regretter qu’il y ait cette profusion de livres sur le marché. »
#henrimesquida #cinemaetlitteraturegay
Commentaires