Achim Von Borries : Parfum d'absinthe. 2004.


 
Allemagne, 1927, République de Weimar.
 
Le film s'ouvre sur l'interrogatoire de Paul Kranz un poète et fils d'ouvrier, âgé de 18 ans, en raison de la mort de plusieurs de ses amis au cours d'un week-end entre jeunes ayant à première vue tourné au suicide collectif.
 
La suite est un flash-back.
 
Guenther et Paul aspirent à vivre pleinement leur vie, sans contraintes. Un week-end passé chez Hilde, la sœur de Guenther, dans une maison de campagne, Paul tombe sous son charme. Bien qu'elle semble partager ses sentiments, elle fréquente en réalité d'autres personnes. Elle voit secrètement Hans, un ancien amant de Guenther. Alors qu'ils célèbrent une fête bohème dans le jardin avec des amis, Hans fait une apparition inattendue, déclenchant un tourbillon d'émotions qui dégénère rapidement.
Les deux jeunes amis apolitiques recherchent, avec une sensibilité à la fois poétique et tragique, l'essence du véritable amour. Engagés dans cette quête utopique, ils se retrouvent rapidement pris dans les méandres des relations et des désirs. Ils flirtent avec l'idée romantique de la limite, la fatalité étant assumée comme un geste d'affirmation existentielle, bien que dans le cas allemand, tout soit ancré dans une dimension réelle qui le rend encore plus troublant.

 
Espoir, désillusion, passion et amour s'entremêlent pour chaque personnage, chacun conférant à ces concepts abstraits une charge émotionnelle particulière.
À ce sujet le titre original allemand donne à peu près : « À quoi bon l'amour en pensée ? ». (Les espagnols l’ont intitulé : Labyrinthe de sexe et de mort), un titre nettement plus éclairants correspondant de manière pénétrante à la genèse d'un drame qui présente indéniablement des résonances shakespeariennes et des parallèles avec « Les Souffrances du jeune Werther ». Il y a quelque chose de profondément germanique dans cette approche : l'idée que l'émotion pure, dépouillée de toute concrétisation, est insuffisante et, par conséquent, insupportable. De là découle la question qui traverse toute l'intrigue : l'amour est-il une construction spirituelle ou, sans son expression charnelle, se dissout-il comme un mirage ?
 

En définitive, « Was nützt die Liebe in Gedanken » est une tragédie sur l'impossibilité de maîtriser le désir, une mise en garde contre les pulsions autodestructrices, et une réflexion sur la jeunesse comme domaine de l'excès. Le fait que tout cela parvienne à s'exprimer à travers des images d'une beauté saisissante, malgré les irrégularités narratives qui apparaissent vers la fin, suffit à faire de ce film l'une des approches les plus troublantes de la notion d'amour absolu que le cinéma récent ait produites.

 

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