Carmen Emmi : Plainclothes. 2025.

 


Carmen Emmi : Plainclothes. 2025.

Prix spécial du jury à Sundance pour la meilleure distribution.

L’action se déroule à Syracuse, dans l’État de New York, au milieu des années 1990, à l’époque où l’écart entre morale publique et désirs privés atteignait un sommet toxique. Issu de la classe ouvrière, Lucas participe à des opérations d’infiltration visant à piéger des hommes gais dans les lieux publics. Mais il se retrouve mais se retrouve irrésistiblement attiré par l'une de ses cibles…
 
Ce qui aurait pu n’être qu’un récit de scandale se transforme, sous l’œil d’Emmi, en réflexion sur la peur collective de la masculinité et de la différence.
 

Son premier film est un hybride de thriller et de mélodrame queer qui, plus qu'il ne raconte, évoque. Et il le fait avec une intelligence esthétique rare :
Tourné comme s'il avait été retrouvé dans un carton oublié des années 90, Emmi mélange les formats – VHS, 16 mm, vidéo de la police, enregistrements amateurs – non pas pour faire étalage de son style, mais pour que chaque texture reflète un état émotionnel. L'image tremblante, le cadrage brisé, la lumière saturée : tout respire l'angoisse et le désir refoulé. Ce qui pourrait sembler une pose se révèle être une forme d'empathie visuelle avec son protagoniste, Lucas, un policier qui traque les hommes lors d'opérations d'infiltration tout en essayant de nier sa propre homosexualité.
 

Certes, l'histoire est familière – le secret, la culpabilité, le refoulement – ​​mais Plainclothes parvient à la revitaliser grâce à sa structure fragmentée et à un rythme qui sait doser la retenue et l'explosion.
Le film permet, en replaçant le contexte dans les années 90 de comprendre la situation difficile de la majorité des homosexuels, censurés et persécutés dans l'Amérique qu'elle dépeint.
 

Ce premier film de Carmen Emmi est une histoire contemporaine racontée avec sensibilité et magnifiquement interprétée par deux excellents acteurs :Tom Blyth est saisissant : un concentré de nervosité que ses gestes, sa respiration et son regard expriment. Russell Tovey, plus ancré dans la réalité équilibre la tension par son humanité désarmante. Une relation impossible se tisse entre eux, filmée avec le rythme d'un thriller et la tendresse d'un amour tragique.
 
La fin du film, crue et bouleversante, ne cherche pas le réconfort : elle cherche la vérité et elle y réussit en plaçant cette histoire d’amour gay, passionnée mais profonde, au cœur d’un récit initiatique universel.
 

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