Derek Jarman et Paul Humfress : Sebastiane. 1976. Tournée en Latin vulgaire).
S’inspirant librement des récits historique et hagiographique évoquant le martyr de saint Sébastien Selon les récits antiques, Sébastien était capitaine de la garde prétorienne sous l'empereur romain Dioclétien, qui ignorait sa foi chrétienne, lors de la dernière vague de persécution antichrétienne.
Lorsque
sa religion fut découverte, il fut condamné à mort par un peloton
d'exécution, et le film « Sebastiane » se termine sur l'image, souvent
reproduite à la Renaissance, du corps de Sébastien criblé de flèches. Ce
que le film ne montre pas, c'est que Sébastien aurait survécu, après
avoir été soigné par sainte Irène. Il affronta Dioclétien et fut tué à
coups de bâton en guise de châtiment.
Malgré cette omission, « Sebastiane » est devenu une référence pour les représentations queer du saint.
Le
film s'ouvre sur une sorte de danse phallique, censée représenter le
passage à la nouvelle année, chorégraphiée et interprétée par Lindsay
Kemp et un groupe de jeunes hommes musclés aux attributs rappelant le
phallus comique grec. La taille démesurée de ces faux membres, combinée
au maquillage excessif de Kemp et à la théâtralité exacerbée de la
scène, évoque la décadence et la dissipation, en parfaite adéquation
avec l'idée d'une complaisance impériale.
Sébastien
entre en scène, embrasse Dioclétien, puis tente d'intervenir pour
empêcher un garde noir d'étrangler l'un des catamites de l'empereur.
C’est pourquoi il est exilé dans une garnison côtière isolée et
rétrogradé au rang de simple soldat,
À partir de là, trois récits profondément homoérotiques se
dégagent : une liaison sexuelle extatique entre les soldats Adrian et
Anthony, avec de longs plans langoureux les montrant s’embrasser dans la
Méditerranée scintillante( relation traitée avec empathie) ; l’amitié
et l’amour non partagé du soldat Justin pour son camarade Sebastiane
célibataire et pacifiste et converti au Dieu Apollon, et l’obsession du
commandant Severus pour Sebastian, qu’il torture et tente d’agresser,
apparemment parce qu’il refuse de se battre mais surtout parce qu’il
refuse ses avances.
Les
scènes de torture et du peloton d’exécution, qui s’attardent longuement
sur le corps de Sebastian, avec des connotations BDSM (on a parfois
l'impresion que le futur saint semble apprécier sa souffrance) , ont
été controversées à la sortie du film, mais ont depuis lors ancré la
figure de Sebastian dans l’imaginaire collectif d’artistes de tous
horizons.(queercoding).
N’en pouvant plus Le commandant finit par faire exécuter Sebastian par les centurions.
Il
ya donc essentiellement deux décors celui de la salle de l’orgie au
début puis un désert de cailloux au bord de mer avec une ruine qui
représente un fort :
C’
est un espace hors du temps, un lieu éloigné du monde « civilisé », un
autre monde où les hommes peuvent être eux-mêmes ou les soldats nus
jouent à la balle dans la mer. On le ressent comme un espace dédié à
l’activité homosexuelle justifiant ainsi la nudité masculine et la
camaraderie, intrinsèquement liées au lieu plutôt que présentées comme
le symbole d’un déclin et d’une chute de l’empire romain.
En
braquant sa caméra de manière érotique sur le corps masculin, le film
est absolument époustouflant. Proche d'un Pasolini de l'époque,
Sebastiane se distingue par une photographie aux tons chauds et une mise
en scène magistrale, conférant à ce récit une esthétique profonde et
contemplative. S'inspirant de cinéastes hétérosexuels, Jarman tourne la
caméra, qui a toujours eu un penchant pour les prises de vue érotiques
des actrices, vers le corps masculin, nous offrant des visions
émouvantes de Sebastiane tel qu'il était perçu par l'homme qui,
finalement, a ordonné sa mort : une entité sexuelle.
Le
film est axé sur le désir, tant corporel que spirituel, il est
ésotérique, audacieux, flamboyant et brillant. La trajectoire tragique
de Sebastiane, victime de la perversion de la pulsion érotique par le
désir de domination - structurera tout le film, atteignant son acmé avec
l’exécution Sadienne de Sebastian, le religieux et le sacré devenant
ici politique et psychanalytique : le martyr tel que le mettent en scène
Derek Jarman et Paul Humfress consacre l’accouplement destructeur
d’Eros et de Thanatos.
Leonardo
Treviglio y incarne Sebastiane, et même si le rôle n'est pas à
proprement parler une performance d'acteur, il n'en est pas moins
remarquable. Filmé en gros plan par Jarman, il doit exploiter pleinement
son corps, et il excelle dans ce rôle. N'hésitant jamais à se donner
corps et âme à l'écran, Treviglio, livre une belle performance
courageuse.
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