Peter May : Lock Noir. 2025. Grand prix de la littérature policière 2025.
Fin MacLeod, que l’on a connu flic dans les opus précédents, a désormais quitté officiellement la police. Il est installé à Glasgow avec Marsaili, son amour de jeunesse. La vie suit doucement son cours, avec ses hauts et ses bas, jusqu’à ce qu’un coup de fil fasse exploser toutes leurs certitudes. Fionnlagh, leur fils maintenant professeur, est parti revivre sur l’île de Lewis avec femme et enfant. Il est accusé du meurtre d’une jeune femme de 18 ans, Caitlin Black, qui était son élève.
Malgré les preuves accablantes, Fin et Marsaili retournent sur l’île après des années d’absence dans l’idée de l’innocenter ou du moins de comprendre ce qui s’est réellement passé.
Après une apparemment fameuse « trilogie écossaise » : l’île aux oiseaux, 2009, L’homme de Lewis, 2012 et le braconnier du lac perdu, 2013), que je n’ai pas lu, l’auteur britannique (mais de nationalité française depuis 2016) de romans policiers revient 12 ans après avec un quatrième tome, Loch Noir, 2025.
L’intrigue est très bien ficelée et reprend la construction des livres précédents, alternant entre passé et présent. Il n’est pas obligatoire d’avoir lu la Trilogie écossaise pour lire Loch noir. Si vous le souhaitez, vous pouvez vous (re)plonger dans L’île des chasseurs d’oiseaux avant de découvrir ce nouvel épisode. Les deux polars se répondent parfaitement au niveau des intrigues et des souvenirs qui émaillent le récit.
Quel livre immersif et magnifiquement écrit ! Ce thriller policier, à la fois captivant et glaçant, est sublimé par la prose exquise de Peter May, qui recrée l'atmosphère des lieux avec brio. Les images des paysages naturels sont saisissantes, faisant du décor une dimension aussi importante que les personnages ou l'intrigue. Lire « Le Loch Noir », c'est comme fouler le sol de l'île de Lewis et se laisser envelopper par la nature. C'est la sollicitation des sens qui tisse avec tant de force un univers si magique. L'intrigue est sensationnelle. Le passé résonne à travers le récit, ravivant de vieilles passions et rancœurs, imprégnant les événements présents de culpabilité, de menace et de suspense. Le lecteur est tenu en haleine du début à la fin, et les moments de grand drame et d'émotion intense le frappent de plein fouet.
On ressent profondément l'impact des crimes, non seulement sur la victime et le coupable, mais aussi sur tous ceux qui sont liés à l'affaire. Le Loch Noir vibre de tristesse, de souvenirs et d'un profond chagrin, non seulement pour Caitlin, mais aussi pour ce que les gens étaient autrefois et pour tout ce qu'ils ont perdu. Le récit est ainsi à la fois déchirant et captivant. C'est dans ces souvenirs à la première personne que Fin évoque, lorsqu'il semble s'adresser directement au lecteur, que l'émotion est si intense et bouleversante. La métaphore des baleines et de leur loyauté familiale est tout aussi marquante. Les personnages sont universels et attachants. Malgré la culpabilité apparente de Fionnlagh et l'incongruité de sa relation avec Caitlin, il est impossible de ne pas éprouver de la compassion pour lui et de souhaiter ardemment que son innocence soit prouvée. Il appartient aux lecteurs de le découvrir, mais Peter May entretient le suspense jusqu'au bout. Cet auteur comprend la fragilité humaine et la retranscrit avec une justesse remarquable, notamment à travers la relation entre Fin et Marsaili, si bien que le sort des personnages nous touche profondément.
Au-delà du caractère très plaisant du polar, cette désormais suite écossaise pourrait revendiquer le titre de « saga » au sens nordique du terme. Elle raconte un peuple insulaire, sa vie et son combat pour le respect des traditions. Les prénoms gaéliques (dont l’écriture ne correspond jamais à la prononciation, vous en avez l’exemple sur une double page à la fin du livre !) et les termes propres aux îles Hébrides renforcent l’identité de ce territoire et son ancrage dans la culture celte.
Il aurait pu s’agir du livre de trop ajouté à cette trilogie au succès indéniable, il n’en est rien. Le come back est brillamment réussi. Le lecteur se glisse dans l’intrigue comme il retrouve un vieil ami qu’il n’a pas vu depuis quinze ans tout en ayant l’impression de l’avoir quitté la veille.
Le Loch Noir offre une narration magistrale, des descriptions magnifiques, des personnages attachants et, accessoirement, une présentation extrêmement documentée de l'élevage du saumon. C'est un exemple parfait du talent d'un maître conteur au sommet de son art.

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